Retour sur le ciné-débat : Quelle école pour demain ?

Quelle école pour demain ? Faut-il repenser le système éducatif ? C’est le thème du grand ciné-débat organisé par la régionale écolo j de Huy-Waremme le 16 mai dernier. Le film projeté, « Le Gai Savoir » de Stéphane Xhrouet, présentait le projet d’un nouveau système éducatif : la pédagogie nomade. Il s’agit d’une école aux méthodes pédagogiques alternatives qui a ouvert ses portes à Limerlé en septembre 2008.

Pour nous en parler et pour débattre de l’avenir de notre système éducatif, la régionale a accueilli :

  • Nicolas Borguet : professeur à « Pédagogie nomade »
  • Guy de Keyser : secrétaire général de la Fédération des Centres PMS Libres
  • Nathanaël Brugmans : professeur à l’athénée Léonie de Waha, établissement fonctionnant en « pédagogie active » et professeur dans l’enseignement professionnel.
  • Nicolas Parent : porte-parole d’Ecolo et ancien professeur d’histoire.
  • Pierre Xhonneux : délégué CSC-enseignement et professeur à l’Institut Sainte-Marie de Huy.

Pédagogie nomade, c’est quoi exactement ? Il s’agit d’un projet qui a été lancé en 2005 entre l’ASBL « Périple en la demeure » et la faculté de philosophie de l’ULG. Après des négociations avec la Communauté Française concernant le financement de ce projet novateur, l’école ouvre enfin ses portes en 2008, à Limerlé. L’école accueille une soixantaine d’élèves.

Quelles sont les grandes lignes de cette nouvelle pédagogie ? Le principe numéro un est le fonctionnement démocratique : il existe une égalité totale entre l’élève et le professeur. L’enseignant aiguille donc l’élève dans son apprentissage, sert de référent, mais n’impose rien. C’est l’élève qui construit son propre projet en se concertant avec son professeur. Il en va de même concernant la gestion de l’établissement : les décisions sont prises de manière collégiale, après une concertation entre élèves et professeurs où le débat démocratique a lieu.

L’établissement fonctionne également en autogestion, chacun prenant part aux tâches nécessaires pour maintenir l’expérience possible (nettoyage, secrétariat, petites travaux, etc.). Enfin, il existe un véritable décloisonnement entre les matières, ce qui permet une véritable multidisciplinarité. L’école a aussi une volonté d’ouverture sur le monde extérieur, de nombreuses collaborations ayant lieu dans leurs différents projets.

Les réactions de notre panel par rapport à cette expérience sont mitigées, même si tous reconnaissent les côtés novateurs intéressants de cette pédagogie. Nicolas Borguet, qui enseigne à pédagogie nomade, met en exergue le côté formateur de l’expérience pour les jeunes : la participation active en classe les prépare à leur insertion dans la vie active. Mais il reconnait que le point noir est l’implication et l’engagement difficile des élèves dans le processus. Du côté de la CSC-enseignement, avec Pierre Xhonneux, on pointe le fait que pédagogie nomade permet de récupérer des jeunes en décrochage scolaire par rapport à l’enseignement traditionnel, ainsi qu’une intégration des élèves malgré la très grande diversité sociale. Pierre Xhonneux se dit intéressé par rapport aux initiatives novatrices qui sont prises en matière d’enseignement. Mais il tempère en disant qu’il faut se montrer réaliste : bouleverser les structures de la sorte est difficile et extrêmement coûteux !

Nicolas Parent est partagé sur cette expérience : la forme de « laxisme » laissée par les profs mène à un absentéisme important des élèves. Le taux de réussite par rapport à l’enseignement traditionnel est également bas, même s’il est possible d’argumenter que ces élèves n’auraient jamais trouvé leur place dans l’enseignement traditionnel et que cette expérience leur ouvre un certain chemin d’avenir. Ce qui est positif, c’est l’implication qui est laissée à l’élève : il est reconnu et il a un rôle à jouer dans son apprentissage. Mais, tout comme la CSC, Nicolas pointe le fait que l’enseignement est un énorme paquebot et que manœuvrer prend du temps ! Guy de Keyser, psychologue en centre PMS, porte lui un gros intérêt vis-à-vis de l’expérience et pointe surtout le bienfait de l’apprentissage des règles du vivre ensemble pour les élèves en situation de gros décrochage scolaire.

Enfin, Nathanaël Brugmans nous a décrit les origines et les débuts du projet de pédagogie active qui est né à l’Athénée Léonie de Waha à Liège. Suite à une sévère perte d’élèves, un groupe de parents s’est constitué et a voulu mettre en place une pédagogie active, du type de l’enseignement Freinet. Le projet a pris une réelle ampleur et l’école accueille maintenant plus de 700 étudiants. Dialogue, exigence, créativité et respect sont au cœur de cette pédagogie.

Que penser du redoublement qui coûte énormément d’argent (360 millions d’€ par an) et qui concerne 80% des élèves en fin de cycle ? Quelles solutions semblent être les mieux adaptées ? Une majorité des intervenants souhaitent laisser une place plus importante à la remédiation. L’envie d’aller à l’école doit passer par le besoin de savoir ce que l’on veut atteindre comme objectif. Souvent les élèves en décrochage sont refoulés dans le technique et professionnel, ce qui constitue une grave dévalorisation de ce type d’enseignement. Dans le lycée de Waha, il n’y a plus de jours blancs (=les jours entre les examens et les résultats, octroyés pour les délibérations des professeurs). Il n’y a donc plus de relâche jusqu’au 30 juin, ce qui permet de libérer trois journées entières pour de la remédiation. Ils ont remis à jour le principe du tutorat d’un étudiant qui s’en sort bien dans une matière envers un autre étudiant qui a des difficultés. Les élèves sont demandeurs et ils font jouer l’émulation. Pour Nathanaël Brugmans, le redoublement n’est pas intéressant, mais ils sont bien obligés de s’inscrire dans ce système.

La question de faire passer la formation des enseignants de 3 à 5 ans a également été abordée. Julie et Rodrigue soulignant également que 40% des enseignants abandonnent leur carrière avant leur 5e année d’enseignement. Pierre Xhonneux explique que l’école a profondément changé ces dernières années et que la formation n’est plus adaptée aux réalités du terrain. Il faut néanmoins faire confiance aux enseignants et arrêter de les dévaloriser selon lui. Certains émettent l’idée d’un coaching des jeunes profs par leurs collègues. Nicolas Parent pointe aussi le faible intérêt de l’agrégation qui est hors de la réalité et qui n’est pas assez pratique. Nathanaël Brugmans quant à lui pense que l’enseignement est trop orienté vers le monde de l’entreprise or il faudrait qu’il soit davantage orienté vers le citoyen et sa construction. Il faudrait aussi revaloriser les compétences qui ne sont pas purement intellectuelles (artistiques, manuelles, sportives,…)

Alors, notre panel est-il optimiste ou pessimiste pour l’avenir de l’enseignement ? Guy de Keyser est pessimiste car il n’y a pas assez d’insertion pour les élèves dans la société actuelle. L’Europe exerce une pression au tout à l’économie. Nicolas PArent est du même avis : on essaie de libéraliser l’enseignement, il existe des dérives à l’américaine. Mais il y a quand même une remise en question du secteur. Nathanaël Brugmans est neutre : ça bouge au niveau de la région, des parents et des étudiants, mais le suivi de la communauté est faible. On finira par une note positive avec la CSC-enseignement : la jeunesse et les enseignants sont motivés : des actions sont menées et une énergie immense est dépensée pour tirer notre enseignement vers le haut.

Merci à Benoît pour sa prise de note !

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