Belgique-Brésil, au stade du dialogue… vers quel terrain d’entente ?

La démocratie parlementaire repose sur la croyance que le dialogue est la moins imparfaite des façons d’aboutir à des décisions de qualité, et donc à même de résorber les conflits. Il était dès lors assez logique que les parlements qui abritaient ces débats aient été les premiers à avoir l’idée de les prolonger en dehors de leurs murs, initiant un dialogue qui devait se mener de cénacle à cénacle et qui allait préfigurer la mise en place des grandes institutions du  multilatéralisme. C’est ainsi que vit le jour en 1889 l’Union Interparlementaire (UIP) et c’est animée de cette même conviction dans la vertu du dialogue qu’elle se poursuit encore aujourd’hui. 

Pour ma part, en ma qualité de sénateur, j’ai la chance de présider la section bilatérale belgo-brésilienne. Dans le cadre de ses travaux et avec ma collègue Fatima Ahallouch, nous recevions hier au Sénat l’ambassadeur du Brésil que je tiens encore à remercier pour l’échange sincère que nous avons pu mener.

Naturellement, dès lors que l’on parle du Brésil, il est difficile de ne pas évoquer la personnalité de son président, ses déclarations outrancières et son dédain affiché pour les questions écologiques. Un autre point d’actualité concerne la multiplication des incendies dans la forêt amazonienne (en augmentation, selon les relevés de l’institut national de recherches spatiales, de 28 % par rapport à l’année 2019 qui fut déjà une année record !) dont 97 % sont d’origine criminelle, souvent initiés par des agriculteurs cherchant à déboiser de nouvelles zones de pâturage pour leur bétail ou pour leurs plantations de soja. De plus, cette atteinte à la forêt amazonienne empiète dangereusement sur les territoires indigènes dont elle déstructure les existences et provoque le déclin. Dans ces conditions, j’ai fait part de mes réserves quant à la signature d’un accord commercial entre l’Union Européenne et les Etats du marché intégré d’Amérique du Sud, communément appelé le Mercosur, dont fait partie le Brésil.

La plus-value de ces rencontres tient à la complexité des éclairages que peuvent apporter ceux et celles qui ont pour mission de représenter, dans le temps long, un pays à l’étranger. S.E. Haroldo de Macedo Ribeiro nous faisait observer que Jair Bolsonaro est certes un homme politique bravache mais qu’il n’en est pas moins le président légitimement élu et qu’il faut pouvoir entendre les promesses de rupture d’avec la corruption qu’ils incarnent aux yeux de la majorité d’électeurs qui l’a amené à son poste. Il a précisé que le Brésil ne prévoyait pas de manquer à ses obligations de l’accord de Paris mais qu’il se réservait, de même chaque Etat, le droit d’y arriver à son rythme. Au sujet des incendies, il a fait valoir que le Brésil est un pays d’une surface de 277 fois celle de la Belgique et que l’Amazonie légale, à elle seule, couvre à peu près la même superficie que l’Europe. S’il condamne donc avec nous les reprises de feux de forêt, il invite à comprendre la difficulté qu’il y a à faire surveiller des zones aussi vastes, arguant que 70 millions de dollars de sanctions ont tout de même déjà été imposées aux boutefeux que les autorités ont pu arrêter. Enfin, le Brésil est doté depuis 1988 d’une constitution qui reconnaît le mode de vie différencié des populations indigènes et leur droit à la mener sans ingérence de l’Etat. Néanmoins ces populations sont nombreuses et certaines d’entre elles n’ont jamais eu et ne peuvent avoir de contact avec des représentants de la société brésilienne, au risque d’être infectées par des maladies que nous considérons comme bénignes mais contre lesquelles elles ne disposent pas d’immunité, et il n’est dès lors pas évident de coordonner des plans d’aide efficaces.

Si ces éclairages étaient bienvenus et s’ils ont permis d’affiner notre compréhension des dynamiques à l’œuvre au Brésil, je n’ai pas fait mystère du fait que je continuais de penser que la parole engage et que certaines déclarations du président suscitaient une inquiétude durable. J’ai par ailleurs signalé en toute transparence que l’écologie politique s’attache à discerner les liens d’interdépendance entre des pratiques économiques et leurs conséquences pour l’environnement, or toutes les études continuent d’attester du fait qu’un accord de commerce international entre l’UE et le Mercosur, dans les termes où il est actuellement formulé, risquait de doper la demande pour du soja et de la viande bovine, et donc de créer un incitant économique fort à une accélération de la déforestation. Ces craintes aussi subsistent.

Nous n’en avons pas moins conclu de continuer à nous voir régulièrement pour approfondir ce dialogue et poursuivre nos efforts de compréhension mutuelle des intérêts que partagent nos pays.

  •  Article réalisé grâce au travail précieux de mon assistant parlementaire, Thibault Deleixhe